Sarkozy kärchérise l'autonomie des universités Imprimer Envoyer

Communiqué du 25 juillet 2007

Sarkozy kärcherise l'autonomie des universités !

Depuis juin, le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, sous l'impulsion de l'Elysée, a choisi d'emprunter l'autoroute pour la réforme tant promise sur l'autonomie des universités. Bilan : un excès de vitesse. Et Nicolas Sarkozy de réviser à nouveau son code (de l'éducation ?) pour relancer un semblant de concertation dans un premier temps. Tout ça, pour ça ?! Non, car en adoptant ce projet au Parlement, la majorité entame indirectement la liquidation de l'héritage de mai 68.
En effet, la loi Faure de novembre 1968 a fait de l'autonomie des universités l'un des grands acquis de la contestation du Printemps. La loi Savary consacrera cette autonomie et la gestion de l'université par l'ensemble de ses acteurs en 1984. Mais la réforme proposée par le gouvernement sacrifie cette autonomie sur l'autel du libéralisme et du conservatisme. Cette loi ouvre la voie au démantèlement du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche (création de fondations, multiplication des embauches de contractuels, etc), elle rend tout-puissants les Présidents d'Université en affaiblissant les contre-pouvoirs, elle est floue sur les conditions des transferts de compétences, elle néglige les acteurs de l'université (étudiants et personnels), etc. Sur le fond, cette réforme est d'autant plus inacceptable qu'elle cache sa véritable identité. A travers cette loi, le Chef de l'Etat amorce son processus réactionnaire. C'est en rompant avec le gaullisme que Nicolas Sarkozy l'a emporté. C'est en y revenant qu'il entend gouverner.

Aujourd'hui, la plupart des membres de la communauté universitaire est prête pour une véritable autonomie des universités, dans le cadre d'un grand service public de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui, demain, devrait s'organiser à l'échelle européenne. Davantage d'autonomie signifierait, dès lors, plus de pouvoirs aux établissements pour s'organiser, recruter, innover, investir. Davantage d'autonomie permettrait aux universités d'organiser leurs instances de décisions comme elles le souhaitent. Davantage d'autonomie impliquerait plus de responsabilités, et donc des directions universitaires étoffées, de vrais contre-pouvoirs démocratiques, un contrôle plus organisé et plus précis sur les activités des établissements, etc.

Or, avec cette réforme, c'est tout l'inverse. Sarkozy bat en brèche les quelques avancées sur l'autonomie ! En quoi nos universités seront-elles plus autonomes quand elles dépendront de la toute-puissance d'un seul homme, son Président, épaulé par des personnalités extérieures toujours plus nombreuses qu'il aura lui-même choisies ? Nos universités seront-elles libres, soumises aux exigences des entreprises et de leurs bienfaiteurs ? Quelles seront les marges de manoeuvre quand l'Etat aura dicté ses règles du jeu (répartition des représentants, nombre de conseils, etc) ? Les acteurs de l'Université - pour la plupart surdiplômés ! - seraient-ils aussi incapables de s'organiser intelligemment ? Revendiquons une véritable loi cadre d'autonomie pour libérer nos universités ; une loi qui se contenterait de caractériser des grands principes et de définir les missions du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche : financements publics, emplois publics, obligation d'instances démocratiques de décisions (sans en préciser ni le nombre, ni la couleur), etc. En dehors de ces quelques principes, sur lesquels Fac Verte restera intransigeante, chacune des structures de l'enseignement supérieur et de la recherche s'administrerait selon les orientations qu'elle aurait elle-même définies, après un débat impliquant toute la communauté universitaire.

En contrepartie d'une telle autonomie, le principe de responsabilité, cher aux écologistes, se doit d'être mis en oeuvre de façon très opérationnelle. Ainsi, un état des lieux précis doit être réalisé concernant toutes les compétences qui seraient désormais dévolues aux universités : un audit financier avant le transfert du budget global et un audit énergétique sur tous les bâtiments notamment. Un service des ressources humaines doit, par ailleurs, exister dans chaque établissement public de l'enseignement supérieur. A l'avenir, et les outils existent déjà depuis la LOLF, un suivi régulier et précis devra se faire sur la gestion des ressources financières, humaines et écologiques. De même, si l'autonomie porte aussi sur la pédagogie - et la France a un retard désespérant dans ce domaine - des évaluations devront porter sur chaque cours, par ceux à qui ces cours sont dispensés, c'est-à-dire les étudiants. En parallèle, des modules de pédagogie devront être mis en place dès le niveau master pour ceux qui s'orientent vers le métier d'enseignant-chercheur. Dans les laboratoires de recherche, un préciput important sur les contrats de recherche doit permettre d'allier un pilotage national de la recherche (via l'ANR) à une véritable politique scientifique locale. Il est impératif que l'évaluation des recherches menées par les laboratoires se fasse par des pairs, sur des critères propres à la communauté scientifique (dont l'éthique). Tous ces outils d'évaluation doivent permettre de sanctionner les mauvaises pratiques et d'améliorer les meilleures, en y subordonnant les financements publics.

Le texte voté par le Parlement est bien loin de l'autonomie qui reste à inventer. Quand les autres syndicats se contentent de quelques rafistolages effectués à la sauvette par le gouvernement, Fac Verte défend l'héritage de mai 68, face à l'approche réactionnaire de Nicolas Sarkozy, qui kärchérise l'autonomie des universités.


Dohina Khan et Gaël Roustan
Coprésidents de Fac Verte
Joël Gombin
Elu suppléant au CA du CNOUS
 

 

alliance